P.R.O.U.N. est un acronyme formé d'une expression russe (proyect outverjdenya novogo) qui signifie grosso modo «projet pour l'affirmation du nouveau».
Son auteur, le peintre constructiviste El Lissitzky, voulait changer le monde en inventant un art à l'échelle humaine inséré dans le contexte social d'un monde meilleur.
Ce n'est pas là l'un de ses moindres attraits pour des artistes comme Lissitzky, Bayer ou Moholy-Nagy. Depuis le début des années 1920, des artistes comme Lissitzky, Bayer ou Moholy-Nagy cherchent justement à dépasser la peinture, à faire éclater l'oeuvre d'art, traditionnellement plane et statique, dans l'espace, un espace débarrassé de toute hiérarchie, de tout axe perspectif, multidirectionnel et, ce faisant, dynamique.
Cela était jusque-là passé par le recours à deux domaines privilégiés: d'une part, la création de pièces quasiment architecturales, comme les fameux "espaces Proun" et autres "espaces de démonstration" que Lissitzky réalise à Berlin, Dresde et Hanovre entre 1922 et 1927 (fig. 2. El Lissitzky, perspective isométrique de l'espace Proun, Grande Exposition d'art de Berlin, 1923).
L'oeuvre d'art s'y étend désormais à l'ensemble des murs, au sol et au plafond, englobe le spectateur plutôt que de lui faire face, sollicitant ainsi toute la mobilité de son regard et de ses déplacements pour être perçue. C'est là un point essentiel: pour ces artistes, envahir l'espace, c'est aussi conquérir le temps ­ c'est prendre en compte la durée et la mobilité réelles de la vision, et par là transformer la contemplation en un processus physique, et le spectateur en un agent actif . Comme le note Lissitzky en 1926: "À chaque mouvement du spectateur dans l'espace, l'effet des murs se transforme. De la marche humaine naît ainsi une dynamique optique. Ce jeu rend le regardeur actif.

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El Lissitzky « Salle Proun »Berlin 1923